C’était chez Nicolas à l’heure de l’apéro. Lydie parlait du maire de Colmar, Gilbert Meyer: UMP proche du FN, anti-PACS, en 2009 il coupe les subventions d’un lycée pour motif que ses élèves participent à une manif étudiante en scandant des slogans contre la police et le gouvernement. Un chic type.

On parle alors du quartier de logements sociaux – derrière la gare comme il se doit. Il est couvert de barrières, de toutes sortes, à tous les coins de rues, provisoires ou permanentes. Non contentes d’êtres laides et oppressantes elles parlent aussi des manières de penser/construire la ville et de penser/construire le gouvernement.

Plus tard je lis quelques bribes de Sécurité, territoire, population où Foucault décrit le rapport de l’état au territoire. Il en tire deux modèles. D’abord la société de souveraineté ( féodale ou mafieuse ) où l’état contrôle les limites du territoires, les protèges ou les agrandis, il s’occupe peu de l’intérieur et se contente d’en assurer la cohérence par la loi. Puis la société de discipline, qui a cours du XVIIIème au XXème où l’état n’est plus tant préoccupé par les frontières, car elles sont stabilisés, et où il se tourne vers la population – ce qu’il appel biopolitique – l’état met alors en place la police, non pas au sens actuel mais la polizeistaat qui est l’ensemble des dispositifs qui oriente l’activité de l’homme d’une manière qui soit utile à l’état. L’état gouvernent alors les hommes et non plus un territoire, il ne se contente plus de prélever une part des richesses créés mais il organise le travail et la vie en général au travers de dispositifs d’enfermement ( école, caserne, usine, hôpital, prison ).

Mais je peinais à rattacher ce modèle à la société actuelle, libérale et moins quadrillé, car ces dispositifs sont pour la plupart en crise ( disparition de l’usine, du service militaire ). Deleuze dans Post-scriptum sur les sociétés de contrôle 1 paru en 1990 dans l’Autre Journal 2 évoque un autre modèle. Il y décrit une société fondé non plus sur l’enfermement mais sur un contrôle effectué au niveau individuel. Elle se base sur un modèle discret de surveillance, de calcul et d’incitation rendu possible par l’arrivée de l’informatique permettant de traiter les nouvelles sources de d’information toujours plus nombreuses et de les utiliser de façon optimale.

J’ai essayé de réunir ces recherche dans un objet imprimé, entre le livret et l’affiche. C’est un papier format A1, plié jusqu’à former un A4 qui s’ouvre progressivement, allant d’une note d’intention sur la série photographique en passant par une fiction sur le pouvoir pastoral puis par des cartes conceptuelles reprenant les trois modèles de société de Foucault et Deleuze. Au dos de l’affiche une photographie est en pleine page.

 

série « Les enclos »

 

  1. Voir le billet de Jean-Noël Lafargue à propos de cet article.
  2. Michel Butel, fondateur de L’autre Journal, a lancé depuis peu un nouveau journal : L’impossible 

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